Créer sa marque de vêtements : les étapes et le budget
Créer sa marque de vêtements, c'est deux métiers à la fois : faire fabriquer des vêtements, et faire exister légalement une marque qui les vend. Le premier dépend de votre atelier, de vos tissus et de vos quantités. Le second est le même pour tout le monde en France : un statut, un nom déposé à l'INPI, une étiquette de composition conforme, l'adhésion à la filière de recyclage des textiles, un canal de vente et un prix qui couvre vraiment vos coûts. Ce guide suit ce second métier, étape par étape, à partir des pages officielles lues le 1er novembre 2026.
Il s'adresse au fondateur qui part d'une idée et de quelques dessins, sans société ni stock. Le choix du fabricant, la gradation des tailles et le sourcing des tissus relèvent de professionnels du textile, et nous ne les traitons pas ici. Si votre projet est de revendre des vêtements d'occasion plutôt que d'en créer, le cadre est différent et il est décrit dans notre page pour revendre des vêtements.
Trois façons de fabriquer, trois engagements différents
Avant toute démarche, une décision fixe le reste : qui fabrique, et qui porte le stock. Le tableau compare les trois voies qu'un fondateur rencontre au départ. Il ne donne pas de prix fournisseurs : ils dépendent des quantités et des matières, et un chiffre moyen serait faux pour la moitié des lecteurs.
| Impression à la demande | Vêtements vierges marqués | Fabrication en atelier | |
|---|---|---|---|
| Ce que vous créez | Le visuel imprimé ou brodé | Le visuel et le choix du modèle de base | Le vêtement entier, coupe et matière |
| Stock | Aucun : la pièce est produite après la commande | Celui que vous achetez et faites marquer | Celui de la série commandée à l'atelier |
| Argent engagé avant la première vente | Le plus faible | Moyen | Le plus élevé |
| Contrôle de la qualité | Celui du prestataire | Partiel : la base est celle du fournisseur | Total, à condition de le payer |
| Pour qui | Tester des visuels et une audience | Une première collection simple | Une marque dont le vêtement est le produit |
L'impression à la demande est la voie la plus légère, et son statut fiscal surprend souvent : c'est de la vente de marchandises, pas une prestation de services. Notre page sur le print on demand détaille ce point et la douane sur les colis imprimés hors de l'Union, et le comparatif Printful ou Printify compare les deux prestataires les plus cités. Les deux autres voies vous font acheter avant de vendre, et chaque euro de stock se récupère seulement si la collection part.
Étape 1 : Déclarez l'activité, en micro-entreprise pour commencer
La forme la plus simple pour lancer une marque est la micro-entreprise. Une marque de vêtements vend des marchandises : selon la fiche F23961 de Service-public Entreprendre, le régime s'applique tant que le chiffre d'affaires perçu en 2026 ne dépasse pas 203 100 € pour la vente de marchandises (83 600 € pour les prestations de services). Les cotisations sociales sont calculées en pourcentage du chiffre d'affaires, pas du bénéfice : 12,3 % pour la vente de marchandises, selon la fiche F36232.
La déclaration s'appelle l'immatriculation. Elle se fait en ligne, sur le guichet des formalités des entreprises, et elle est gratuite pour une activité commerciale : l'inscription au registre du commerce et des sociétés et au registre national des entreprises ne coûte rien. Préparez la déclaration sur l'honneur de non-condamnation et l'attestation de filiation que le guichet demande.
Deux points reviennent chez les fondateurs. Les cotisations de 12,3 % s'appliquent même les mois où vous perdez de l'argent, puisqu'elles portent sur les ventes : un mois de lancement avec beaucoup de stock acheté et peu de ventes ne crée pas de « crédit ». Et si vous lancez la marque à plusieurs, la micro-entreprise ne convient plus, puisqu'elle est individuelle ; c'est le moment de demander conseil à un expert-comptable sur la forme de société.
Étape 2 : Vérifiez que le nom est libre, puis déposez-le à l'INPI
Une marque ne protège pas un nom en général, mais un nom pour des produits précis. L'INPI organise ces produits selon la classification internationale de Nice, en 45 classes, et ses pages le disent en toutes lettres : les vêtements appartiennent à la classe 25. Après le dépôt, vous ne pourrez plus ajouter de produits ou de services ; un oubli impose un nouveau dépôt. Prenez donc le temps de lister ce que la marque vendra vraiment.
Avant de payer, vérifiez la disponibilité du nom. Un nom est disponible s'il ne reproduit ni n'imite un signe déjà protégé pour des produits identiques ou similaires, et l'INPI recommande une recherche d'antériorité, que vous pouvez commencer sur sa base de données. Il doit aussi être distinctif : un nom qui décrit le produit (« T-shirt Coton », par exemple) ne permet pas d'identifier une origine et risque le refus.
Le dépôt se fait en ligne sur le portail e-procédures de l'INPI. Voici ce que coûte et ce que dure la procédure, d'après les pages de l'INPI.
| Étape | Coût ou délai publié par l'INPI |
|---|---|
| Dépôt électronique, une classe (par exemple la classe 25) | 190 € |
| Chaque classe supplémentaire | 40 € |
| Rectification de certaines erreurs du dépôt | 104 € |
| Publication du dépôt au BOPI | Environ six semaines après le dépôt |
| Période d'opposition et d'observations des tiers | Deux mois après la publication |
| Publication de l'enregistrement | Au minimum cinq mois après le dépôt |
| Renouvellement, tous les dix ans | 290 € pour une classe, 40 € par classe supplémentaire |
Le paiement se fait au moment du dépôt, par carte bancaire ou depuis un compte client INPI. Les petites et moyennes entreprises peuvent demander un remboursement partiel par le fonds européen SME Fund, jusqu'à 7 050 € pour l'ensemble des titres de propriété intellectuelle. Une fois le dépôt fait, relisez l'avis de publication : l'INPI conseille de signaler toute erreur rapidement.
Le nom de domaine du site et le nom de la marque sont deux protections distinctes. Réservez le domaine en même temps que vous déposez la marque, pour éviter qu'un tiers ne l'enregistre entre les deux.
Étape 3 : Faites étiqueter chaque pièce, et gardez la preuve de vos contrôles
Un vêtement vendu en France porte une étiquette de composition, en français, qui n'utilise que les dénominations de fibres prévues par le règlement (UE) n° 1007/2011. La DGCCRF cite elle-même les erreurs qu'elle relève : des vêtements sans aucune étiquette, ou avec une étiquette non traduite en français, et des dénominations qui n'existent pas dans le règlement comme « polycoton », « spandex », « coton élastique », « fibres mixtes » ou « bambou ». Demandez à votre atelier ou à votre fournisseur la composition exacte, en pourcentage par fibre, et faites-la figurer telle quelle.
La même enquête rappelle une obligation que les petites marques ignorent souvent : les autocontrôles. Le code de la consommation (article L. 411-1) impose au responsable de la première mise sur le marché de vérifier que ses produits respectent les règles de sécurité, de santé et de loyauté. Si vous importez vos vêtements ou les faites fabriquer, ce responsable, c'est vous. Conservez la documentation technique du fournisseur ; en son absence, les enquêteurs font analyser les produits en laboratoire, et 41 % des prélèvements de l'enquête étaient non conformes.
Trois points de sécurité y sont cités, à connaître avant de passer commande :
- Les substances chimiques limitées par le règlement REACH, comme le chrome VI dans les cuirs en contact avec la peau ou le nickel libéré.
- Les cordons des vêtements d'enfants, encadrés par la norme NF EN 14682 : quatre vêtements de l'enquête ont été reconnus dangereux sur ce seul point.
- Les allégations environnementales, que la loi AGEC encadre : un argument « bio », « sain », « naturel » ou « made in France » doit être vrai et justifiable.
Le bilan de l'enquête 2022-2023 donne la mesure : 808 établissements contrôlés, 46 % en anomalie, 300 avertissements, 60 injonctions, 15 amendes administratives et 16 procès-verbaux pénaux. Parmi eux, un site de dropshipping a fermé après un procès-verbal pour tromperie, pour des culottes présentées comme « bio saines et naturelles » et « made in France » sans justification.
Étape 4 : Adhérez à Refashion et obtenez votre IDU
C'est l'étape que presque aucun guide grand public ne mentionne. Depuis le 1er janvier 2007, la loi applique aux textiles d'habillement, au linge de maison et aux chaussures vendus en France le principe de la responsabilité élargie du producteur (REP). Les « metteurs en marché », importateurs, distributeurs, fabricants et places de marché, doivent contribuer à la gestion de la fin de vie des produits qu'ils vendent, en adhérant à un éco-organisme ou en montant leur propre système. Pour la filière textile, l'éco-organisme est Refashion.
L'adhésion donne un numéro d'identifiant unique, l'IDU. Il est obligatoire depuis le 1er janvier 2022, en application de la loi AGEC du 10 février 2020, et il prouve que l'entreprise est enregistrée et à jour de son éco-contribution. Il est généré par l'ADEME et transmis par Refashion dans l'extranet adhérent, après inscription, déclaration et règlement. Vous pouvez vérifier un IDU sur le site SYDEREP de l'ADEME.
Ce point a une conséquence directe sur les places de marché. Depuis 2022, une place de marché qui vend pour des vendeurs tiers est considérée comme metteur en marché pour les vendeurs qui n'ont pas d'IDU, et elle doit tenir un registre des IDU de ses vendeurs. Avoir le vôtre vous évite d'être déclaré par la plateforme. Refashion précise aussi que tous les metteurs en marché assujettis doivent apposer l'information de tri sur leurs produits, y compris les artisans qui produisent des pièces uniques. Les seuils et le barème de l'éco-contribution sont publiés par Refashion : vérifiez votre cas avant la première vente plutôt qu'après un contrôle.
Étape 5 : Choisissez où vendre en ligne
La marque est créée, les pièces sont étiquetées : il reste à les vendre. Trois canaux reviennent pour une jeune marque, et ils ne demandent pas le même travail.
Votre propre boutique est le canal de la marque : elle vous laisse le client, les données et l'image, mais elle doit trouver son trafic. Sur Shopify, le coût mensuel dépend du forfait, détaillé dans notre page sur les prix de Shopify, et le thème peut être gratuit : notre comparatif des thèmes Shopify gratuits relève, thème par thème, ceux qui proposent un guide des tailles et des pastilles de couleur, deux fonctions qu'un site de vêtements utilise tous les jours. Avant de choisir un positionnement, il est utile de regarder les boutiques de vêtements qui vendent déjà.
Une place de marché apporte des acheteurs dès le premier jour, contre une commission. Etsy convient aux pièces faites main, personnalisées ou en petites séries ; ses règles et ses frais sont dans notre guide pour vendre sur Etsy. Vinted accueille aussi les vendeurs professionnels, mais son offre Pro vise la seconde main : vérifiez dans notre page Vinted Pro ce qu'elle autorise avant d'y mettre une collection neuve.
L'impression à la demande, enfin, se branche sur la boutique : le prestataire imprime et expédie à chaque commande. C'est la voie la plus rapide pour tester des visuels, et la moins maîtrisée sur la qualité et les délais.
Étape 6 : Fixez le prix sur le coût complet de la pièce
Le prix d'un vêtement ne se fixe pas en regardant celui des concurrents, mais en additionnant ce que coûte réellement une pièce vendue. Listez, pour une pièce :
- Le coût de fabrication ou d'achat, étiquette et emballage compris.
- La part du port que vous prenez en charge, et le coût des retours.
- Les frais de la plateforme ou de paiement, en pourcentage du prix.
- Les cotisations sociales, 12,3 % du prix de vente en micro-entreprise.
- La part des coûts fixes : dépôt de marque, abonnement de la boutique, éco-contribution, photos.
Un exemple pour voir le mécanisme, avec des chiffres d'illustration : un sweat vendu 60 € qui coûte 22 € à produire, 5 € d'envoi pris en charge et 3 % de frais de paiement laisse, après 7,38 € de cotisations (12,3 % de 60 €) et 1,80 € de frais, 23,82 € avant les coûts fixes. Si la boutique et la publicité coûtent 300 € par mois, il faut vendre 13 sweats rien que pour les couvrir. Faites le calcul avec vos propres chiffres dans notre calculateur de marge avant de fixer la grille.
Les erreurs qui coûtent le plus cher au lancement
- Déposer la marque après avoir lancé la boutique : si un tiers a déposé un nom proche en classe 25 entre-temps, c'est vous qui changez de nom.
- Copier l'étiquette du fournisseur étranger sans la traduire, ou avec des dénominations comme « polycoton » : c'est le premier motif d'avertissement relevé par la DGCCRF.
- Oublier Refashion parce que la marque est petite : l'IDU est demandé par les places de marché, et l'adhésion se régularise plus facilement avant qu'après.
- Écrire « bio », « éco-responsable » ou « made in France » sans pouvoir le prouver.
- Calculer le prix sans les cotisations, qui portent sur chaque vente.
Ce qu'il faut retenir
Une marque de vêtements commence par une décision de fabrication, puis suit une liste courte et fixe : la micro-entreprise immatriculée gratuitement, le nom déposé à l'INPI en classe 25 pour 190 €, une étiquette en français aux dénominations exactes, l'adhésion à Refashion avec son IDU, un canal de vente choisi selon votre projet, et un prix calculé sur le coût complet. Chaque étape se fait sur un site officiel nommé dans ce guide. Le reste, la coupe, la matière et le style, c'est votre marque.
Questions fréquentes
Comment créer sa marque de vêtements quand on part de zéro ?
Dans cet ordre : choisissez le mode de fabrication (impression à la demande, vêtements vierges marqués, ou fabrication en atelier), déclarez l'activité en micro-entreprise sur le guichet des formalités des entreprises, vérifiez que le nom est libre puis déposez-le à l'INPI en classe 25, faites étiqueter chaque pièce en français, adhérez à Refashion, puis ouvrez le canal de vente. Les démarches administratives sont les mêmes quel que soit l'atelier.
Combien coûte le dépôt d'une marque de vêtements ?
190 € pour un dépôt électronique dans une classe, et 40 € pour chaque classe supplémentaire. Les vêtements relèvent de la classe 25 de la classification de Nice. Le paiement se fait au moment du dépôt. Le renouvellement, tous les dix ans, coûte 290 € pour une classe et 40 € par classe en plus. Une rectification du dépôt coûte 104 €.
Quel statut choisir pour lancer sa marque de vêtements ?
La micro-entreprise est le point de départ le plus simple : l'immatriculation d'une activité commerciale est gratuite, et une marque de vêtements relève de la vente de marchandises, avec un plafond de 203 100 € de chiffre d'affaires en 2026 et des cotisations de 12,3 % du chiffre d'affaires. Au-delà, ou si vous vous associez, une société devient nécessaire ; cette page ne remplace pas l'avis d'un expert-comptable.
Faut-il payer Refashion quand on lance une petite marque ?
Le principe de la REP textile s'applique aux metteurs en marché de textiles d'habillement, linge de maison et chaussures vendus en France, depuis 2007. Ils contribuent en adhérant à un éco-organisme, Refashion, et reçoivent un numéro d'identifiant unique (IDU), obligatoire depuis le 1er janvier 2022. Le calcul qui détermine si votre entreprise est concernée et le montant de l'éco-contribution sont publiés par Refashion ; vérifiez votre cas auprès de lui avant la première vente.
Peut-on écrire « coton bio » ou « made in France » sur ses vêtements ?
Seulement si c'est vrai et justifiable. La DGCCRF a contrôlé 808 établissements du textile et de la chaussure en 2022-2023 et relevé des anomalies dans 46 % d'entre eux : étiquettes absentes ou non traduites, dénominations de fibres non prévues par la réglementation, allégations environnementales injustifiées. Un site de dropshipping a fermé à la suite d'un procès-verbal pour des allégations valorisantes non justifiées.
Où vendre ses premiers vêtements en ligne ?
Sur votre propre boutique Shopify si la marque est le projet, sur Etsy si les pièces sont faites main ou personnalisées, ou en impression à la demande si vous voulez tester des visuels sans stock. Une boutique demande un thème, un nom de domaine et du trafic ; une place de marché apporte des acheteurs mais prend une commission. Les deux se combinent souvent au lancement.